L’absence du ministre des Arts et de la Culture Pradeep Roopun à une table ronde sur «Les auteurs mauriciens face au numérique» n’est pas passée inaperçue. Elle est même symptomatique, pour Alain Gordon-Gentil, du rapport «difficile», voire «méprisant» des Mauriciens, «avec la culture, avec la création artistique». Un mépris qui perdure au niveau étatique, dans le monde des affaires et au niveau du public en général, affirme l’écrivain et réalisateur. «L’artiste doit comprendre qu’il n’intéresse pas les autorités», ajoute-t-il.

Le numérique n’est pas un danger pour la lecture, soutient l’auteur et ancien journaliste. En France par exemple, «où de nombreux auteurs mauriciens sont publiés», seuls 7,6% des lecteurs ont recours à ce support, explique Alain Gordon-Gentil. Si de nombreux auteurs mauriciens sont publiés dans ce pays, leurs textes étudiés dans de nombreuses universités à l’étranger, ils sont toutefois «exclus des programmes scolaires» à Maurice.

L’exception vient des écoles françaises qui les invitent régulièrement à la rencontre de leurs élèves, souligne l’écrivain. «On a coupé la jeunesse mauricienne de ses écrivains, de la possibilité pour lui de construire un imaginaire.»

Le salut ne viendra pas du ministère de la Culture, ou plutôt «des cultes». «Nous sommes sans doute un des seuls pays du monde où le ministre de la Culture s’occupe de réaménagement de l’aire de parking à Grand-Bassin, ou de l’entretien des lampadaires, des jardins et du parking à Sainte-Croix», relève avec dérision Alain Gordon-Gentil.

Il n’y a ni politique culturelle, ni définition de la culture. «L’Etat lui-même ne sait pas vraiment ce qu’il entend quand il parle de culture», tance encore une fois l’ancien conseiller à ce chapitre auprès de Navin Ramgoolam, alors Premier ministre. Egratignant au passage la Mauritius Broadcasting Corporation, «grand pilleur de droits d’auteurs». «L’artiste, le vrai, doit continuer sans cesse d’avancer sur sa route.»

Anitah Aujayeb, qui préside le President’s Fund for Creative Writing, était l’autre intervenante à cette table ronde axée sur «Les auteurs mauriciens face au numérique». Le forum a été organisé, le mardi 23 avril à Port-Louis, par la Bibliothèque nationale à l’occasion de la journée du livre.